Dans un monde saturé d’injonctions à l’efficacité, à l’utilité, à la performance, face à l’accélération continue des rythmes de vie et aux agendas surchargés, le projet Farniente naît d’un besoin de respiration, de reconnexion au monde.
Inspirée par la notion antique d’otium — ce temps libéré des obligations productives, propice à la contemplation, à la pensée, à l’imaginaire — cette série photographique explore les brèches possibles dans une ville en tension.
Bruxelles, arpentée au rythme lent de longues déambulations sans but, devient le théâtre de micro-expériences de suspension.
Comme un rituel qui rompt la frénésie du quotidien, la photographie y retrouve sa fonction essentielle : arrêter le mouvement, regarder le monde, habiter le temps.
Au fil des rencontres — oiseaux citadins, animaux errants, humains posés sur un banc au milieu du paysage urbain — se tissent des résonances silencieuses, des complicités invisibles.
Ce sont ces instants d’inaction assumée, ces états partagés d’abandon à la rêverie, que le projet cherche à révéler. Le farniente y devient un mode de relation, une manière d’être en lien autrement.
Sur le plan formel, le projet se construit autour d’un jeu de regards superposés :
- le regard contemplatif de la photographe, en quête de moments suspendus ;
- celui des personnes photographiées, plongé dans le paysage urbain ;
- et enfin celui du spectateur, invité à s’abandonner à son tour dans cet espace-temps suspendu.
Par cette approche documentaire sensible, Farniente propose un autre rapport au quotidien — un imaginaire de l’inaction, qui ne serait pas fuite du réel mais une manière d’en redessiner les contours. Un projet qui invite à désapprendre l’urgence, et à réhabiliter le rien faire comme forme discrète de liberté.